La classe d'accueil, autrement

J'ai travaillé 6 années en classe d’accueil. Au début pas par choix...loin de là. Mais c'est vite devenu une obsession : comment accueillir au mieux ces petits, comment créer un espace riche, adapté, accueillant... ? Il m'a fallu des années pour répondre à mes envies, mes questions et leurs besoins. Les 3 dernières années tout tournait parfaitement et je veux partager mes conseils avec tous ceux qui se retrouvent face à ce challenge ! Je pense également que cet article peut aider des parents qui aimeraient installer chez eux des activités autres que des jouets du commerce afin d'éveiller leur enfant et/en répondant à des besoins.

 

Etape 1 : La révolution…plus de jouets en classe

 

Aie, oui je sais, ça fait mal. Oui, moi aussi, la toute première fois, je me suis dit : c'est quoi cette idée complètement loufoque…il m'a fallu 5 ans pour digérer, comprendre, accepter, appliquer et moins d'un mois pour me dire qu'en fait c'est un super concept !!!

J'ai lu cela la première fois dans l'esprit absorbant de Maria Montessori. Et je me suis dit que c'était un conseil venu d'une autre époque ! Affaire classée...Oui mais j'étais interpellée quand même, le concept reste endormi dans mon cerveau. Pendant ma formation Montessori, j'arrive dans cette école et je m'aperçois qu'effectivement il n'y a aucun jouet dans les classes. Quand je lance enfin le sujet, mon sage professeur me répond : Ici on ne joue pas, on est en activité. Le jouet ne nourrit pas l'esprit, le travail oui.... Je l'écoute mais reste perplexe, je lui fais confiance et crois ce qu'il me dit mais de là à l'appliquer dans ma classe... !

 

Lors de ma formation Freinet, une brillante enseignante nous parle de sa classe. Elle a des blocs de construction par centaine, un coin symbolique pour la maison mais le reste, rien. Il y a tant de choses plus intéressantes et puis les jouets ça crée des disputes...

Et là, tous les concepts se sont reliés entre eux et j'ai eu une révélation. Bien sûr que l'on peut se passer de la plupart de ces jouets et n'offrir à l'enfant que des choses qui nourrissent l'esprit.

Décision prise, j'arrive un matin très tôt et je vire les jouets : voitures, poneys, jouets et personnages en tout genre, ce sera pour la dame de la garderie ! Je remplace par des tonnes de blocs de constructions et énormément de matériel de création et puis je stresse comme une cinglée, qu'est-ce que j'ai fait, ça va être l'apocalypse à l'arrivée des enfants. Et bien rien du tout...après une semaine, je remarque déjà que les enfants se disputent 50% moins souvent, passent plus de temps sur leur construction et inventent, créent de magnifiques créations à l'aide de petits matériels.

    

Evidemment, le concept du jouet peut être discuté dans tous les sens. Je pars du principe que :

-Si on peut en trouver chez soi, c'est plus un jouet.

-Si on ne sait pas créer avec, c'est un jouet.

Je garde les blocs de construction : Kapla, lego, Duplo, Maxibloc, bloc en bois, Clipo, clips, Dado, Smartmax... Je garde une aire symbolique : la maison. Et bien sûr, les jeux éducatifs : puzzles, encastrements, ...

Je parlerais dans d'autres articles du coin construction, du petit matériel de création....

 

Etape 2 : Revoir les aires de la classe

 

On a enlevé les jouets, mais il va falloir compenser en offrant une grande quantité de possibilités, des activités qui nourrissent l’esprit ! Le piège à éviter, c'est l’occupationnel ! Il va falloir trouver des activités qui travaillent des compétences avec une progression logique et un intérêt pour l'enfant.

Quelle que soit la forme ou la taille de votre local, imaginez-le complètement vide, repartez à zéro ! Ne pensez plus à ce qui va vous plaire mais à la création d'un espace de possibilités.

 

-Placez vos bacs de jeux de construction près de votre tapis, souvent le lieu de rassemblement.

-Réservez une table au dessin, installez un chevalet ou un espace peinture, ainsi qu'une table pour la peinture. Si les 3 sont ensembles, c'est encore mieux.

-Favorisez l'emplacement de ses tables contre des murs, cela permet à l'enfant de rester concentrer sur son travail.

-Il faut également favoriser les bacs à matières. Riz coloré, sable, graines, marrons, pailles, pâtes, bille d'eau...soit un grand bac et vous changez le plus souvent possible, soit plusieurs bacs. Pour gagner de la place, j'ai acheté plusieurs bacs que j'ai empilé l'un sur l'autre et on utilise celui du dessus quand il est ouvert.

-Une table à eau. Cet espace n'est pas toujours facile à gérer mais quelques astuces permettent de rendre son utilisation on ne peut plus pratique. Prenez une table toute simple et placez dessus 1-2 grands plateaux avec un rebord, cela permettra de retenir les fuites. Ne donnez jamais trop d'eau, deux petits pichets par enfant c'est suffisant. Beaucoup d'outils, cela favorise les expériences plutôt que le barbotage !

-Une table lumineuse. Pas besoin de se ruiner, il y a plein de tutoriel sur le net pour en fabriquer à moindre coût.

-3 autres tables de 4 places pour : le modelage, la psychomotricité fine et la création. Sur ces tables, le matériel change constamment. C'est le seul matériel que l'on range, à la fin des ateliers, dans les armoires.

Chacune de ses tables ou aires sera complètement détaillées dans d’autres pages

 

Etape 3 : Autonomie et liberté de choix

 

Certain passage de l'étape deux vous ont fait dresser les poils ?...Si siiiii ! Le bac à sable, l'eau...que de soucis à gérer dans une classe ! Croyez-moi à chaque bac que je rajoutais, j'imaginais le pire mais au final, si on s'y prend bien…et bien rien ne se passe de catastrophique.

 

Mon déclic est venu lors d'une discutions avec une jeune institutrice pendant ma formation Freinet. Enseignante dans une école Freinet, elle nous raconte la vie dans sa classe : ...chevalet en libre-service toute la journée…bac à eau…bac à sable…tout libre.... J'interpelle une institutrice à côté de moi : Oui mais elle a des grands dans sa classe ? Celle-ci me répond : non non, elle a ma fille dans sa classe, c'est une première année.

Mmmmm

Mmmmmmmmmmmmmm

Moi qui dis qu'ils sont hypers autonomes dans ma classe, je viens de dégringoler sur mon échelle.

 

Le chevalet en libre accès, il faut être folle pour tenter ça en accueil. Mais comme je suis cinglée, allez hop. J'emporte les bons conseils et me lance préparée. Je cherche un système facile pour accrocher sa feuille sur le chevalet, mets les feuilles à disposition, prépare des tabliers faciles à prendre et à remettre en place...Pendant l'entretien du matin, je leur montre qu'on peut enfiler le tablier seul comme le manteau, et les copains peuvent aider à fermer, enlever. Je montre comment accrocher sa feuille et je m'écarte du chevalet.

Résultat : des centaines de belles peintures, aucun incident, et je remonte sur mon échelle de l'autonomie.

 

Quant au libre choix, rien de plus simple. Fini de placer moi-même des activités sur les tables. C'est les enfants qui choisissent ce qu'ils veulent. Tout est à leur portée, j'aide juste si c'est trop lourd. Quant aux ateliers artistiques que je propose, j'invite, je n'oblige jamais. J'accepte qu'on soit occupé et qu'on veuille finir avant de venir chez moi, j'ai même pris l'habitude de ne pas les déranger s'ils sont occupés, je propose d'abord à ceux qui papillonnent. Ce qu'on est zen en classe!

Mais je le redis, il faut être préparé et être maître de la situation en toutes circonstances, voici une ou deux astuces:

-Avant de changer quelque chose de place ou son fonctionnement, observer les enfants et noter leurs difficultés et là où ils ont besoin de vous. C'est avant tout cela que vous devez prévoir pour rendre une activité ou une aire autonome.

-Au début, limiter l'accès. 1 enfant c'est un atelier individuel, 2 enfants c'est un duo, 3 enfants c'est déjà un groupe avec meneur et suiveurs...On évite les effets de groupe tant qu'on ne gère pas encore. Vous pourrez ajouter des places (en pensant à le dire aux enfants) par la suite.

-Eviter de faire ces changements lors d'une période trop chargée en travail ou en stress (Fête des mères, spectacle, gros thèmes...). Je vous dirais même ne faites rien d'autre que de l'accompagnement ces jours-là. 

-Le trop est l'ennemi du bien! Mettez peu de matière, peu de peinture, peu de papier au tout début. Jamais plus de jeux que nécessaires. Un exemple parlant: Pas besoin de 500 perles pour faire de l'enfilage sur des cordons de 20 cm. Une petite boite par enfant, pour éviter les disputes, avec la quantité suffisante de perle pour remplir le cordon donné. Pour l'enfant, c'est encore plus parlant car il y a un début, un milieu et une fin à son activité. Cela est encore plus conseillé pour des enfants à trouble(s). 

 

Etape 4 : On prend du temps pour apprendre à respecter les règles

 

C'est ce qui a été l'étape la plus difficile pour moi car en vrai bout en train, je veux toujours proposer des activités artistiques, je ne tiens pas en place. Pourtant, c'est très important.

 

En Montessori, la période de normalisation est très importante. On ne peut pas demander à un enfant de faire quelque chose qu'il n'a pas appris. On ne peut pas attendre de lui quelque chose qu'on n'a pas pris le temps de lui expliquer. Demander le silence sans apprendre ce que c'est est illogique. Cela aussi s'apprend. Alors pendant les deux premières semaines, zéro activité préparée. Je me consacre aux règles, au calme, je prépare l'ambiance de l'année. Je répète mille fois par jour les mêmes phrases individuellement en montrant concrètement à l'enfant quel est le bon comportement à avoir.

Ramassez directement ce qui tombe de la table, respecter la limite du tapis pour les constructions, ne pas courir, travailler assis, chuchoter....

 

Exercice de silence : se passer une cloche sans la faire sonner, déplacer une chaise sans bruit, traverser la classe sans se faire entendre...

 

Après deux semaines à ce rythme, un petit miracle se produit, on n'a plus besoin de jouer aux gendarmes ! Les règles sont comprises, assimilées, acceptées. Je m'assure d'ailleurs que l'enfant à compris le sens d'une règle en lui posant des questions et on se fait toujours un beau sourire quand il se corrige où le fait spontanément.

 

A celles qui se demandent déjà : oui mais si on ne fait rien pendant deux semaines, que met-on dans son journal de classe ? Une jolie préparation sur les ateliers satellites, sur la psychomotricité globale (coordonner ses mouvements…) tout cela est un réel apprentissage.

 

Etape 5 : On revoit son horaire

 

Il y a des petites erreurs que l'on fait au cours de la journée sans nous en rendre compte et pourtant ces petites erreurs nous créer parfois de gros dégâts pendant la journée.

 

-Offrez une heure de liberté à vos petits. De préférence le matin, à la place de l'accueil. Les enfants arrivent, il n’y a rien sur les tables. Ils pourront choisir ce qu'ils veulent et y faire ce qu'ils veulent. Pas de consignes à suivre à part les règles de vie de la classe (rester assis, 4 ou 2 par ateliers selon les chaises, ramassez ce qui tombe...) Tous les ateliers sont ouverts et accessibles (eau, sable, modelage, chevalet...) Cette heure permet à l'enfant de se réveiller et s'éveiller à son rythme, de passer de l'enfant à l'élève, à s'exprimer artistiquement, à faire des expériences.

Si vous avez l'impression de ne rien faire, de ne rien travailler pendant cette heure, observer les enfants et faite la liste des compétences qu'ils travaillent sans qu'on leur ait rien demandé ou imposé...mettez cela dans votre journal de classe et déculpabilisez !

 

-Revoyez le système de collations. Si l'on part du principe de libre choix, manger en fait partie aussi. Inspirée par le système Montessori, j'ai installé ce principe en classe. Les enfants apportent tous les jours un fruit, je les prépare et mets tout sur une table en libre-service pendant la matinée. Les enfants vont manger ce qu'ils souhaitent quand ils le veulent. Je ne contrôle ni les quantités, ni le passage à la table (juste l'hygiène). On est en droit de ne pas avoir faim pendant la matinée (on mangera mieux à midi !) Les gourdes d'eau fonctionnent de la même manière. L’enfant va chercher la sienne quand il veut (on ne se promène pas en classe avec mais on peut la prendre à la table à fruit)

En tant que maman, je vis le système aussi, le même concept est en place dans la classe de mon fils et…il n'aime pas les fruits !! Et bien tant pis, s'il a faim, il mangera une banane, le seul fruit qu'il tolère, sinon il videra sa boite à midi. Il déjeune bien le matin, l'ONE prône un repas toutes les 4 heures, donc aucun souci.

 

-N’excitez pas les enfants pendant la journée pour leur demander d'être calme 5 minutes plus tard. Gardez les danses, chants, les jeux "fou fou" pour avant la récré et pas avant les ateliers. Il faut 20 minutes à un enfant pour se calmer après un moment d’excitation. J'ai dans le même concept, demandé à ma direction de changer l'horaire de ma récréation. Nous sortons à 11h30 juste avant la pause de 12h00. Oui, je fais plus de surveillances mais cela m'est égal, ce qui compte c'est l'ambiance de ma classe. Et nous avons la cour de récré pour nous tout seul à ce moment-là, le rêve. Pas de bousculades, pas trop de bruits...Et pendant la journée, il ne faut pas vite tout ranger pour aller jouer et tout ressortir en revenant pour tout ranger à midi. Les journées sont donc beaucoup moins stressantes.

Pratique

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